Si vous êtes travailleur non salarié, il y a une question que vous n’avez probablement jamais calculée : combien vous toucherez vraiment si vous êtes en arrêt maladie trois semaines demain ? La réponse, pour la grande majorité des TNS, est aussi décevante que surprenante.
Le choc de réalité : 3 semaines d’arrêt, voilà ce qui reste
Prenons un consultant TNS avec 50 000 € de revenus nets annuels. Il tombe malade, arrêt prescrit pour 21 jours. Voici ce qui se passe :
Jours 1 à 7 : zéro indemnité. Le délai de carence TNS est de 7 jours consécutifs. L’Assurance Maladie n’intervient qu’à partir du 8e jour d’arrêt continu.
Jours 8 à 21 : 14 jours indemnisés à environ 34 €/jour brut. Soit 476 € brut pour deux semaines d’arrêt.
Total perçu sur 3 semaines d’arrêt maladie TNS : moins de 500 €. Pendant ce temps, les charges fixes continuent de tourner — loyer, abonnements, crédit professionnel. C’est la réalité que personne ne calcule au moment de choisir son statut.
Arrêt maladie TNS 2026 : comment sont calculées vos indemnités journalières ?
Les indemnités journalières (IJ) versées aux TNS par l’Assurance Maladie suivent une formule précise :
IJ TNS = 1/730e du revenu annuel net moyen des 3 dernières années soumis à cotisations.
- Délai de carence : 7 jours (contre 3 jours pour un assimilé salarié). Aucune indemnité pendant cette période.
- Plancher : au moins un an d’affiliation et un revenu minimum requis pour ouvrir des droits.
- Plafond : environ 60,76 €/jour en 2026 (1/730e de 3 × PASS = 3 × 46 368 € / 730). Au-delà de ~135 000 € de revenus annuels, les IJ sont plafonnées.
En pratique, pour les revenus les plus courants chez les indépendants :
- 30 000 €/an → ~22 €/jour d’IJ
- 50 000 €/an → ~34 €/jour d’IJ
- 70 000 €/an → ~41 €/jour d’IJ
Assimilé salarié (SAS/SASU) : les règles côté CPAM
Le dirigeant assimilé salarié (président de SASU ou de SAS rémunéré) dépend du régime général de la Sécurité sociale. Les règles sont sensiblement plus favorables :
- Délai de carence : 3 jours seulement (vs 7 jours TNS).
- Base de calcul : 50 % du salaire journalier de base, calculé sur la moyenne des 3 derniers mois de salaire brut.
- Plafond CPAM : environ 52 €/jour brut en 2026 (1,8 × SMIC journalier).
- Subrogation employeur : si la société pratique la subrogation, elle maintient le salaire intégral et se fait rembourser les IJ par la CPAM. Le dirigeant ne perçoit aucune perte de revenus pendant l’arrêt.
C’est cette dernière option — la subrogation — qui creuse réellement l’écart. Un président de SASU qui s’est organisé peut traverser un arrêt de 3 semaines sans perdre un euro de revenu net. Le TNS, lui, absorbe la carence et les IJ réduites seul.
Tableau comparatif : simulation pour 3 profils de revenus
Voici ce que donne concrètement un arrêt de 21 jours selon votre statut et votre niveau de revenu :
| Revenu annuel | IJ TNS/jour | IJ Assimilé salarié/jour | Perte sur 21 jours (TNS vs assimilé) |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | ~22 € | ~46 € | ~504 € |
| 50 000 € | ~34 € | ~52 €* | ~378 € |
| 70 000 € | ~41 € | ~52 €* | ~231 € |
Ces écarts semblent modérés sur papier. Mais ils ne tiennent pas compte des charges fixes qui continuent de courir pendant l’arrêt : loyer de bureau, abonnements, remboursement de crédit professionnel… La perte nette réelle est souvent deux à trois fois supérieure à la simple différence d’IJ.
Ce que change une prévoyance complémentaire TNS (contrat Madelin)
Le contrat Madelin est la réponse du marché au déficit de protection des TNS. Son principe : compléter les IJ CPAM pour atteindre un niveau de couverture décent.
Ce que ça coûte : entre 50 et 200 €/mois selon l’âge, le niveau de couverture et les délais de franchise. Un TNS de 35 ans souhaitant être couvert à 100 €/jour dès le 8e jour d’arrêt paiera typiquement entre 80 et 120 €/mois.
L’avantage fiscal : les cotisations Madelin sont déductibles du bénéfice imposable dans les limites fixées par l’article 154 bis du CGI. Pour un TNS à 30 % de taux marginal d’imposition, 100 € de cotisation ne coûtent en réalité que 70 € nets.
Le point d’attention : la grande majorité des micro-entrepreneurs n’ont pas de contrat Madelin — et pour cause : ce dispositif est réservé aux TNS relevant d’un régime réel d’imposition. En micro-fiscal, cette protection n’existe tout simplement pas.
Micro-entrepreneur : le profil le plus vulnérable face à l’arrêt maladie
Le micro-entrepreneur est techniquement un TNS, mais son niveau de protection est encore inférieur à celui d’un TNS classique. La raison : ses cotisations sociales sont calculées sur son chiffre d’affaires brut, à des taux réduits. Résultat : la base de calcul des IJ est très faible.
Exemple chiffré : un micro-entrepreneur prestataire de services avec 40 000 € de CA annuel verse environ 8 600 € de cotisations sociales. Ses IJ seront calculées sur la base de ces cotisations — soit environ 16 €/jour, moins de la moitié d’un TNS classique au même niveau de CA.
Et comme évoqué plus haut, le contrat Madelin n’est pas accessible en régime micro. La seule option de complément est une prévoyance individuelle sans avantage fiscal.
Pour comprendre comment le régime micro pèse sur votre équilibre financier dès le lancement, notre article sur l’ACRE 2026 et son impact sur le seuil de rentabilité pose les bases du calcul.
Les 6 questions que posent les indépendants sur l’arrêt maladie TNS
Quel est le délai de carence pour un TNS en 2026 ?
7 jours consécutifs d’arrêt avant le versement de la première indemnité journalière par l’Assurance Maladie. Ces 7 jours ne sont jamais compensés, quelle que soit la durée totale de l’arrêt.
Comment calculer ses indemnités journalières TNS ?
L’IJ TNS est égale à 1/730e du revenu annuel net moyen des 3 dernières années soumis à cotisations, dans la limite d’un plafond d’environ 60,76 €/jour en 2026.
Un micro-entrepreneur a-t-il droit aux indemnités journalières ?
Oui, mais les IJ sont très faibles car calculées sur la base de cotisations elles-mêmes assises sur un CA brut à taux réduit. Un micro avec 40 000 € de CA perçoit environ 16 €/jour seulement.
La prévoyance Madelin est-elle déductible pour un TNS ?
Oui, dans les limites fixées par l’article 154 bis du CGI. Cette déduction n’est pas accessible aux micro-entrepreneurs relevant du régime micro-fiscal.
Que se passe-t-il si l’arrêt maladie TNS dure plus de 3 mois ?
Au-delà de 90 jours d’arrêt continu, le TNS bascule en invalidité partielle ou totale. Le régime CPAM prévoit une pension d’invalidité dont le calcul diffère des IJ. Un contrat de prévoyance prend tout son sens à partir de ce seuil.
Comment améliorer sa protection maladie sans changer de statut ?
Deux leviers : (1) souscrire un contrat Madelin si vous êtes à l’IS ou à l’IR au réel ; (2) provisionner 3 à 6 mois de charges fixes en trésorerie de sécurité — filet universel quel que soit le statut.
La protection sociale fait partie du calcul de viabilité
Le choix du statut juridique n’est pas neutre sur ce que vous touchez en cas d’imprévu. Un arrêt de trois semaines peut représenter entre 500 et 1 500 € de revenus perdus selon que vous êtes TNS ou assimilé salarié — avant même de compter les charges fixes qui continuent de tourner. C’est une variable de viabilité à part entière, pas un détail administratif.
Pour arbitrer entre les statuts en tenant compte de votre situation complète, lisez notre comparatif micro-entreprise ou SASU.
Et si vous voulez intégrer votre protection sociale dans un calcul de viabilité global — charges réelles, seuil d’équilibre, capacité à encaisser un imprévu — c’est exactement ce qu’on fait lors d’un audit. Voir nos offres →
Écrit par
Alexandre Cridelich
Fondateur de Mon Projet Viable · Consultant en viabilité de projet
Alexandre a appris dans les appels d'offres ce que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard : une entreprise ne vaut pas ce qu'on espère, mais ce que les chiffres démontrent.
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