En résumé : à 35€ de l’heure en sous-traitance, ce peintre en SASU travaillait 45 heures par semaine sans réussir à se verser un vrai salaire, une fois payées ses charges de structure et ses heures non facturées. Le diagnostic a pointé le prix, pas le volume. En passant à 60€ de l’heure (+71%) et en développant une clientèle directe, il a rendu son modèle viable et a quitté la sous-traitance de lui-même.
Le piège du taux horaire mal calculé n’est pas propre à la peinture. On l’a vu à l’identique chez un artisan qui voulait se lancer comme chapiste.
Le point de départ : beaucoup d’heures, zéro marge
Un artisan peintre installé à Lyon me contacte. Il est en SASU, il travaille bien, il ne manque pas de travail. Le problème n’est pas là. Il enchaîne les chantiers en sous-traitance à 35€ de l’heure, environ 45 heures par semaine, et à la fin du mois il ne reste presque rien pour se payer.
Sa conviction en arrivant : « il faut que je trouve plus de chantiers. » Autrement dit, plus d’heures. C’est exactement le réflexe qui l’enfonçait.
Le diagnostic : ce n’est pas un problème de volume, c’est un problème de prix
On a posé les chiffres. Pas les impressions, les chiffres.
À 35€ de l’heure, ce tarif doit tout couvrir avant même qu’il puisse se verser le moindre salaire : l’assurance décennale, le véhicule et son entretien, les consommables, l’expert-comptable, et surtout toutes les heures que personne ne facture (les devis, les déplacements, les relances, l’administratif). Sur ses 45 heures de présence chaque semaine, seule une partie est réellement facturée, si bien que son taux horaire réel est bien plus bas que les 35€ affichés.
Une fois tous ces coûts déduits, ce qui restait pour se rémunérer était trop maigre. Et en SASU, dès qu’il se versait un salaire, les charges sociales de dirigeant assimilé salarié venaient encore alourdir la note. Résultat concret : il n’arrivait tout simplement pas à se sortir un vrai salaire.
Le verdict a été net : à ce tarif, il ne pouvait pas s’en sortir. Ce n’était pas une question d’effort. Il pouvait ajouter 10 heures par semaine, ça ne changeait rien au fond. Son prix de vente ne dégageait pas de quoi le payer correctement.
La vraie résistance : la peur, pas les chiffres
C’est là que ça devient intéressant. Les chiffres, il les a compris tout de suite. Mais deux blocages sont remontés.
Le commercial lui faisait peur. Aller chercher ses propres clients, se vendre, défendre un devis en direct, ça le mettait mal à l’aise. Rester en sous-traitance, c’était confortable : quelqu’un d’autre trouvait les chantiers à sa place.
Et il était persuadé qu’avec sa propre clientèle, il ne serait pas plus rentable. Dans sa tête, sous-traitance égalait sécurité, et clientèle directe égalait risque.
Le diagnostic a montré l’inverse, chiffres à l’appui.
Le déclic : un tarif juste et une méthode commerciale simple
On a travaillé deux choses en parallèle.
Le tarif d’abord. On est passé de 35€ à 60€ de l’heure, soit +71%. Un tarif qui, cette fois, couvre réellement ses charges et le rémunère pour son travail, pas seulement pour son temps.
La stratégie commerciale ensuite. Pas de forcing, pas de techniques agressives. Une méthode simple et cadrée pour aller chercher des clients directs, sans que la prospection devienne un deuxième métier anxiogène.
Le résultat : il a arrêté la sous-traitance de lui-même
Personne ne lui a dit de tout arrêter. C’est lui qui, une fois le modèle en place et les premiers clients directs signés, a décidé seul de sortir de la sous-traitance.
Parce qu’il a vu, sur ses propres relevés, qu’un chantier à 60€ de l’heure pour son client valait plusieurs chantiers à 35€ pour un donneur d’ordre. Moins d’heures, plus de marge, et surtout le contrôle de son activité.
Ce que ce cas t’apprend
Si tu es artisan et que tu tournes en sous-traitance en te disant « je vais m’en sortir en prenant plus de chantiers », pose-toi une question avant : ton taux horaire couvre-t-il vraiment tes charges, tes heures non facturables et ta rémunération ?
Souvent, la réponse est non. Et aucune quantité d’heures supplémentaires ne répare un prix de vente trop bas. Le volume ne compense jamais une marge négative, il l’amplifie. Dans la peinture, la rentabilité se joue sur plusieurs fronts : ici le taux horaire, ailleurs le financement des encours clients.
Le blocage n’est presque jamais technique. Il est dans la peur de facturer à son vrai prix et de se vendre. C’est exactement ce qu’un regard extérieur, chiffré et sans concession, est là pour débloquer.
Questions fréquentes
Un peintre sous-traitant à 35€ de l’heure est-il rentable ?
Rarement. À 35€ de l’heure, ce tarif doit d’abord couvrir l’assurance décennale, le véhicule, les consommables, l’expert-comptable et toutes les heures non facturées (devis, déplacements, administratif). Sur une semaine de 45 heures, seule une partie est réellement facturée. En SASU, ce qui reste ne suffit souvent pas à se verser un salaire une fois les charges de dirigeant assimilé salarié appliquées.
Quel taux horaire viser pour un peintre en SASU ?
Il n’y a pas de chiffre universel : le bon tarif est celui qui couvre l’intégralité de tes charges, tes heures non facturables et une vraie rémunération. Dans ce cas, le passage de 35€ à 60€ de l’heure (+71%) a suffi à rendre le modèle viable. La logique consiste à partir de ton seuil de rentabilité, pas du prix du marché de la sous-traitance.
Faut-il rester sous-traitant ou développer sa propre clientèle ?
La sous-traitance rassure parce que quelqu’un d’autre trouve les chantiers, mais elle impose souvent un prix trop bas pour être rentable. Développer une clientèle directe permet de fixer ton tarif, à condition d’avoir une stratégie commerciale simple et cadrée. Dans ce cas, une fois les premiers clients directs signés, l’artisan a arrêté la sous-traitance de lui-même.
Taux horaire d’un peintre sous-traitant : les chiffres de référence en 2026
Fixer son taux horaire comme peintre sous-traitant impose de partir du coût réel, pas du prix du marché. Les indices de coûts de la construction publiés par l’INSEE (ICC, ICT) permettent de suivre l’évolution des coûts de main-d’œuvre dans le bâtiment. En 2024-2025, le salaire minimum conventionnel d’un peintre qualifié (niveau N3P2) dépasse 14,50 € brut/heure selon la Convention Collective Nationale du Bâtiment (CCNB) pour les ouvriers ETAM. Avec les charges patronales (environ 42-45 %), le coût horaire employeur dépasse 21 € de l’heure.
Pour un peintre indépendant en sous-traitance, son taux de facturation doit intégrer bien plus que son seul « salaire » : les cotisations URSSAF (12,3 % du CA en auto-entrepreneuriat artisanal, ou 40-45 % du bénéfice en régime réel), l’assurance décennale et RC pro (1 200 à 3 000 €/an selon l’activité), le matériel, le véhicule et les temps non facturables (déplacements, devis, administration). La CAPEB recommande à tout artisan du second œuvre de calculer son taux horaire « plancher » en divisant ses charges annuelles totales par ses heures annuelles facturables — généralement entre 1 000 et 1 300 heures pour un artisan seul, jamais 1 800 comme on le croit souvent.
Sources & références
Écrit par
Alexandre Cridelich
Fondateur de Mon Projet Viable · Consultant en viabilité de projet
Alexandre a appris dans les appels d'offres ce que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard : une entreprise ne vaut pas ce qu'on espère, mais ce que les chiffres démontrent.
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