🔄 Mis à jour le 21/07/2026

Laure facturait 42€ de l’heure. Son agenda était plein. Elle faisait 3 000€ de chiffre d’affaires par mois. Et pourtant, chaque fin de mois, son compte bancaire frôlait le zéro. Elle ne comprenait pas. Elle travaillait pourtant sans relâche.

Ce n’était pas un problème de clients. Ce n’était pas un problème de motivation. C’était un problème de calcul — un seul, jamais fait.

Le portrait de Laure : coach en développement personnel, agenda plein, revenus vides

Laure, 34 ans, a lancé son activité de coaching en développement personnel il y a 18 mois depuis Nancy. Auto-entrepreneuse depuis le premier jour, elle a fixé son tarif à 42€ de l’heure en se basant sur ce qu’elle voyait autour d’elle — « dans la fourchette basse pour ne pas faire fuir les clients ».

En apparence, tout allait bien. 3 000€ de CA mensuel, une douzaine de clients réguliers, un bouche-à-oreille qui fonctionnait. Mais en réalité, elle se versait entre 700 et 800€ par mois. Le reste partait entre les charges sociales, les frais professionnels, et surtout… du temps non facturé qu’elle n’avait jamais comptabilisé.

Quand elle est arrivée en audit, elle pensait avoir besoin de « plus de clients ». Elle avait besoin d’un calcul.

Ce que l’audit a mis en lumière : un TJM réel de 27€ de l’heure

Premier réflexe lors de l’Appel Flash : reconstituer le temps réellement travaillé sur un mois. Pas les heures facturées — le temps total.

  • Heures facturées : ~71h/mois (à 42€ = 2 982€ de CA)
  • Préparation des séances : +18h (non facturées)
  • Relances, administratif, comptabilité : +12h (non facturées)
  • Prospection, réseau, contenu : +9h (non facturées)
  • Temps total réel : ~110h/mois

Son taux horaire effectif n’était pas 42€. Il était 27€ de l’heure. Soit moins que le SMIC horaire brut — sans les congés payés, sans la mutuelle, sans la retraite.

Deuxième calcul : le seuil de rentabilité réel. En intégrant les charges sociales (22% du CA), les frais professionnels incompressibles, et une provision pour les périodes creuses, le tarif plancher s’établissait à 55€ de l’heure minimum. Elle facturait 42€. Elle avait passé 18 mois à creuser l’écart.

Pourquoi ce calcul n’avait jamais été fait

Laure n’est pas une exception. La grande majorité des auto-entrepreneurs fixent leur tarif de la même façon : en regardant ce que font les autres, en se positionnant « dans la moyenne », en évitant de « faire peur » aux clients.

Premier défaut : les tarifs que tu vois chez les concurrents sont des tarifs affichés, pas des tarifs viables. Personne ne publie son seuil de rentabilité. Tu t’alignes sur des chiffres qui ne disent rien de la santé réelle de ces activités.

Deuxième défaut : le calcul ignore systématiquement le temps non facturable. Dans toute activité de service, ce temps représente entre 30 et 50% du temps de travail réel. L’ignorer, c’est accepter de travailler gratuitement pendant la moitié de sa journée.

La solution : repositionnement tarifaire et nouveau format

Repositionnement tarifaire : passage de 42€ à 65€ de l’heure pour les séances individuelles. Pas 55€ — 65€, pour intégrer une marge de sécurité et anticiper les hausses futures. L’augmentation a été annoncée en transparence à ses clients existants, avec un délai de deux mois. Aucun départ.

Création d’un format collectif : lancement d’ateliers thématiques en petit groupe (6 personnes maximum, 3h, 120€ par participant). Ce format permet de facturer 720€ pour 4h de travail réel — préparation incluse — soit un taux horaire effectif de 180€. Et il touche une audience différente, moins prête pour le coaching individuel mais demandeuse d’un premier pas.

Les résultats 60 jours après

  • CA mensuel : stable à 3 000–3 200€
  • Heures facturées : réduites de 71h à 52h/mois
  • Revenu net mensuel : de 700–800€ à 1 150–1 200€
  • Taux horaire effectif réel : de 27€ à 46€ de l’heure
  • Un atelier collectif lancé, complet dès la première session

Elle travaille moins. Elle gagne plus. Et surtout, elle sait maintenant pourquoi — parce qu’elle a fait le calcul.

3 règles pour fixer un tarif viable en auto-entrepreneur

1. Calcule ton temps réel, pas tes heures facturées

Liste tout ce que tu fais dans une semaine type : séances facturées, mais aussi préparation, administratif, prospection, échanges non facturés. Divise ton CA par ce total. C’est ton taux réel. S’il te choque, c’est qu’il fallait le calculer.

2. Calcule ton seuil de rentabilité avant de te comparer

Charges sociales (22% en auto-entreprise), frais pro, provision pour creux d’activité. Additionne tout, divise par tes heures facturables annuelles. Tout tarif en dessous de ce plancher t’appauvrit chaque mois.

3. Augmente ton tarif avant de chercher plus de clients

Plus de clients au mauvais tarif = plus de travail pour le même résultat. La première question est toujours : est-ce que mon tarif est viable ? Si non, corrige le tarif d’abord.

Ton activité tourne, mais les chiffres ne suivent pas ?

C’est exactement le type de situation que j’analyse lors de l’Appel Flash : 45 minutes pour identifier où se perd la rentabilité et quelles décisions concrètes prendre. Pas de méthode générique — un regard extérieur sur tes chiffres réels.


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Le vrai sujet derrière le tarif horaire de Laure, c’est son seuil de rentabilité. Pour calculer le tien avec la méthode complète, c’est par ici.

Les cotisations URSSAF de l’auto-entrepreneur en 2026 : ce que ça change dans le calcul du tarif

Un des angles morts les plus fréquents chez les auto-entrepreneurs : ne pas intégrer les cotisations sociales dans le calcul du tarif horaire. En 2026, les taux de cotisations URSSAF pour les auto-entrepreneurs prestataires de services (activités libérales non réglementées, coaching, conseil, formation) sont les suivants :

  • 22 % du chiffre d’affaires encaissé pour les activités de prestations de services (BIC) et les professions libérales relevant du régime général
  • 23,1 % du CA pour les professions libérales relevant de la CIPAV (architectes, consultants, formateurs…)
  • En cas d’ACRE (Aide à la Création ou Reprise d’Entreprise), ces taux sont divisés par deux pendant les 12 premiers mois

Concrètement : sur 100 € facturés, une auto-entrepreneuse prestataire de services conserve environ 78 € net avant impôt. Après le versement libératoire de l’impôt sur le revenu (optionnel, 2,2 % du CA pour les BNC), il reste environ 75,8 €. C’est sur cette base que doit se construire le tarif, et non sur une simple comparaison avec le SMIC horaire.

Le plafond de chiffre d’affaires : une limite à anticiper

Le régime auto-entrepreneur est soumis à des seuils de chiffre d’affaires annuels en 2026 :

  • 77 700 € HT pour les activités de prestations de services (BIC et BNC)
  • 188 700 € HT pour les activités commerciales de vente de marchandises

Dépasser ce seuil pendant deux années consécutives oblige à basculer vers le régime réel simplifié ou normal, avec une comptabilité plus contraignante. Pour un coach facturant à 35 €/h, atteindre 77 700 € de CA implique de travailler environ 2 220 heures facturables par an — soit bien plus que les heures réellement disponibles une fois la prospection, l’administration et la formation continue déduites. C’est précisément pourquoi le repositionnement tarifaire n’est pas un luxe mais une nécessité structurelle dans ce type d’activité.

Seuil de rentabilité réel vs CA brut : la confusion qui coûte cher

Le seuil de rentabilité d’un auto-entrepreneur ne se calcule pas à partir du CA brut, mais à partir du revenu net disponible après cotisations et impôts. Si vos charges fixes mensuelles (loyer, abonnements, déplacements, matériel) s’élèvent à 800 €/mois, et que votre taux net est de 75,8 %, alors votre CA mensuel minimum pour couvrir ces seules charges est de 800 / 0,758 = environ 1 056 € HT/mois. Ce calcul, simple mais souvent omis, change radicalement la perception du tarif minimal viable.

Questions fréquentes

Comment calculer son tarif horaire en auto-entrepreneur ?

Pars de ta rémunération nette visée, ajoute tes charges (cotisations Urssaf, frais, matériel, assurances) puis divise par ton nombre d’heures réellement facturables — rarement plus de 1 000 à 1 200 heures par an. Le résultat est le tarif horaire minimum en dessous duquel tu travailles à perte.

Pourquoi ne faut-il pas se baser sur 35 heures par semaine ?

Parce qu’une grande partie de ton temps n’est pas facturable : prospection, devis, administratif, déplacements, formation. En calculant ton tarif sur 35 heures payées par semaine, tu surestimes lourdement ton volume vendable et tu fixes un prix trop bas. Il faut raisonner en heures réellement facturées.

Faut-il inclure les cotisations Urssaf dans son tarif horaire ?

Oui, systématiquement. En micro-entreprise, les cotisations sont un pourcentage de ton chiffre d’affaires : elles doivent être intégrées au prix, pas déduites de ta marge après coup. Un tarif qui ne les couvre pas te fait littéralement payer pour travailler.

Comment fixer son taux journalier moyen (TJM) ?

Le TJM se déduit du tarif horaire multiplié par le nombre d’heures facturables dans une journée type (souvent 6 à 7, pas 8). Vérifie ensuite qu’appliqué à ton nombre de jours vendables dans l’année, il couvre ton seuil de rentabilité et ta rémunération cible. Sinon, c’est le TJM qu’il faut revoir, pas ton temps de travail.

Alexandre Cridelich

Écrit par

Alexandre Cridelich

Fondateur de Mon Projet Viable · Consultant en viabilité de projet

Alexandre a appris dans les appels d'offres ce que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard : une entreprise ne vaut pas ce qu'on espère, mais ce que les chiffres démontrent.

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